The work of Priscilla Beccari(1986, Belgian-Sanmarinese) is expressed
through different media, video, installation, performance, photography and
drawing. The largest drawings are made on different sheets of paper glued
to each other, without repeating traditional formats. As the medium fully
participates in the staged image, it becomes uneven, untidy, abused again
by various chemical treatments that accentuate its fragility and its
neglected aspect.

Absence of nobility which is aptly suited to the troubled
and relatively anxiety-provoking universe that the artist deploys. Here
vulnerability does not bother with finesse and helplessness indulges in its
most raw aspects. The little book edited by the artist opens with this
quote from Olivier Lamailière: « You are a fish in a puddle with dirty
nails ». The image perfectly expresses the most cruel and disillusioned
aspects of these little sketches composed without haste, stained by ink
deposits and as if imbued with the heaviest silence.

We find a bit of the violence of a Louise Bourgeois and certain motives
dear to Kiki Smith. Bodies, most often females, dislocate, drown, get hurt
or flex. The mother figure becomes grotesque or threatening, love and
sexuality are revealed from the angle of docility and/or a monstrously
cannibalistic desire. Full of ambiguities, this work resists the weight of
its references, sometimes rejects them in favour of black humour: « Chute »
(fall) is a series of photographs depicting the artist lying in public
space. « Accroche-sourire » (smile catch) is a prosthesis sold in cellophane…

Dense and disheveled, this work does inspire a form of resistance, always
defeated but infinitely resumed. We never get tired of disasters or
intimate torments, when they examine themselves in-depth, eyes blurred and
jaws clenched. Beyond that, we are seduced by the deliberately harsh aspect
of the whole, a thousand miles from the aesthetic biases that these themes
can arouse in others. No glamour or miserabilism, but a rough and acidic
line capable of touching the bone.

Le travail de Priscilla Beccari (1986, belgo-sanmarinaise) s’exprime à travers différents médiums, la vidéo, l’installation, la performance, la photographie et  le dessin. Les plus grands dessins sont réalisés sur différentes feuilles de papier collées les unes aux autres, sans que cet  agencement ne conduise à la reconduction des formats traditionnels. Le support participant pleinement à l’image mise en scène, celui-ci se fait accidenté, désordonné, malmené encore par divers traitements chimiques qui accentuent sa fragilité et son aspect négligé.

Absence de noblesse qui sied fort justement à l’univers trouble et relativement anxiogène que l’artiste déploie. Ici la vulnérabilité ne s’embarrasse pas de finesse et l’impuissance se livre sous ses aspects les plus crus. Le petit livre
édité par l’artiste s’ouvre sur cette citation d’Olivier Lamailière : «  Tu es un poisson dans une flaque avec des ongles sales ».L’image exprime parfaitement les aspects les plus cruels et désenchantés de ces petites saynètes composées sans hâte,  tachées par les dépôts d’encre et comme nimbées du silence le plus lourd.

On retrouve un peu la violence d’une Louise Bourgeois et certains motifs chers à Kiki Smith. Les corps, le plus souvent féminins, se désarticulent, se noient, se blessent ou fléchissent. La figure maternelle se fait grotesque ou menaçante, l’amour et la sexualité se dévoilent sous l’angle de la docilité et/ou  d’un désir monstrueusement cannibale. Truffé d’ambiguïtés, ce travail résiste bien au poids de ses références, les éconduit parfois au profit de l’humour noir : Chute est une suite de photographies mettant en scène l’artiste gisant dans l’espace publique, accroche-sourire est une prothèse vendue sous cellophane…

Dense et échevelé, ce travail n’est pas sans inspirer une forme de résistance, toujours vaincue mais infiniment reprise. On ne se lasse jamais des catastrophes, ni des tourments intimes, lorsqu’ils s’auscultent en profondeur, les yeux brouillés et la mâchoire serrée. Au-delà, on est séduit par l’aspect délibérément âpre de l’ensemble, à mille lieues des travers esthétisant que peuvent susciter chez d’autres ces thématiques. Point de glamour ni de misérabilisme, mais un trait rêche et acide à même de toucher l’os.

Benoit  Dusart